Acromioplastie, bursectomie, résection acromio-claviculaire, évacuation de calcification
Information destinée aux patientes et aux patients
Chère patiente, cher patient,
Ce document décrit l’intervention arthroscopique envisagée pour votre épaule : son déroulement, ses alternatives, ses risques et les suites à prévoir. Il complète l’entretien que nous avons eu et vous servira de référence dans les semaines qui viennent.
1. L’intervention chirurgicale
Il s’agit d’une technique mini-invasive : une caméra (arthroscope) et des instruments fins sont introduits par 2 à 4 petites incisions autour de l’épaule. Cela permet d’explorer l’articulation et l’espace situé sous l’acromion, puis de traiter la cause de vos douleurs sans ouvrir l’épaule. Plusieurs gestes peuvent être associés au cours de la même intervention, selon ce qui est constaté.
Décompression sous-acromiale et acromioplastie : lorsqu’un conflit existe entre l’acromion et les tendons de la coiffe, la face inférieure de l’acromion est régularisée au fraisage pour redonner de l’espace aux tendons.
Bursectomie : résection de la bourse séreuse sous-acromiale lorsqu’elle est épaissie et inflammatoire ; c’est souvent elle qui entretient la douleur.
Résection acromio-claviculaire : en cas d’arthrose douloureuse de l’articulation acromio-claviculaire, l’extrémité externe de la clavicule est réséquée sur quelques millimètres.
Évacuation d’une calcification : la calcification tendineuse est repérée, ponctionnée et évacuée ; le tendon est ensuite régularisé. Le dépôt calcique peut être très dur ou au contraire pâteux, ce qui explique que l’évacuation soit parfois partielle ; cela ne compromet pas le résultat, la calcification résiduelle se résorbant le plus souvent d’elle-même.
Traitement d’une lésion du cartilage : si le cartilage est abîmé, la zone est régularisée et peut être traitée par microfractures, c’est-à-dire de petites perforations dans l’os sous-jacent, qui font venir les cellules de la moelle osseuse à la surface pour former un tissu de réparation.
Ces gestes ne comportent pas de réparation tendineuse : il n’y a donc pas de cicatrisation à protéger, et la rééducation peut débuter rapidement.
Alternatives et évolution sans intervention
Le traitement non chirurgical est toujours la première étape : antalgiques, anti-inflammatoires, physiothérapie ciblée sur la coiffe et le contrôle de l’omoplate, infiltration sous-acromiale, adaptation des gestes en cause. Il permet de soulager une majorité de patients, et l’intervention n’est proposée qu’après plusieurs mois de traitement bien conduit. Dans le cas particulier d’une calcification, une évolution spontanée favorable est possible, parfois après une phase très douloureuse de résorption ; une ponction-lavage sous échographie constitue une alternative moins invasive à la chirurgie.
Sans intervention, l’évolution n’est généralement pas dangereuse pour l’épaule : c’est la persistance de la douleur, notamment nocturne, et la limitation des gestes bras en l’air qui motivent la chirurgie. L’objectif de l’intervention est de supprimer la douleur et de vous permettre de reprendre vos activités.
Anesthésie
L’intervention est pratiquée sous anesthésie générale, combinée à une anesthésie locorégionale (bloc interscalénique) pour la gestion de la douleur après l’opération. Les modalités et les risques de l’anesthésie vous sont expliqués en détail lors de la consultation pré-anesthésique.
Durée de l’intervention
L’opération dure en moyenne entre 30 minutes et 1 heure, selon le nombre de gestes réalisés.
2. Préparation préopératoire
Décolonisation cutanée (prévention de l’infection)
Bien que rare, l’infection profonde est une complication grave de la chirurgie de l’épaule. La bactérie le plus souvent en cause est Cutibacterium acnes, un germe naturellement présent dans les follicules pileux de la peau. Pour réduire ce risque, une décolonisation de la peau au gel de peroxyde de benzoyle est réalisée à domicile, à débuter 48 heures avant l’opération :
2 applications l’avant-veille de l’intervention (matin et soir) ;
2 applications la veille de l’intervention (matin et soir) ;
1 application le matin de l’intervention.
Le gel s’applique après la douche, sur une peau sèche, au niveau de l’épaule à opérer (du moignon de l’épaule jusqu’à la base du cou et l’aisselle, avec une large extension antérieure et postérieure). Massez la région, laissez agir 3 minutes, puis rincez. En cas d’irritation, de rougeur ou de sensation de brûlure, interrompez le produit : ces effets sont transitoires. Ne rasez pas l’aisselle la veille ou le jour de l’intervention, et retirez vernis à ongles, bijoux et piercings avant de venir.
Médicaments et documents
Arrêtez les médicaments selon les consignes de l’anesthésiste reçues lors de la consultation pré-anesthésique ;
Apportez vos médicaments personnels ainsi que vos examens d’imagerie le jour de l’hospitalisation.
3. Complications et risques potentiels
Cette chirurgie est l’une des mieux tolérées de l’épaule, mais aucune intervention n’est sans risque.
Infection postopératoire : le risque est très faible en arthroscopie (de l’ordre de 0,5 %). Le protocole de décolonisation cutanée décrit ci-dessus, associé à une antibioprophylaxie intraveineuse au bloc opératoire, vise à le diminuer encore.
Capsulite rétractile (« épaule gelée ») : réaction inflammatoire rendant l’épaule raide et douloureuse. C’est la complication la plus fréquente, et elle survient surtout entre 6 semaines et 3 mois. Elle est plus fréquente après évacuation d’une calcification. L’évolution est presque toujours favorable avec une physiothérapie adaptée, mais elle allonge la récupération.
Persistance des douleurs : la douleur peut ne pas disparaître complètement, en particulier lorsque les tendons sont déjà altérés ou lorsque plusieurs causes coexistent. L’amélioration s’installe souvent progressivement sur plusieurs mois.
Instabilité acromio-claviculaire : après résection acromio-claviculaire, une clavicule douloureuse ou légèrement mobile est possible si la résection a dû être étendue.
Lésions nerveuses ou vasculaires : exceptionnelles, mais des lésions des nerfs ou des vaisseaux autour de l’épaule peuvent survenir ; elles sont le plus souvent transitoires.
Hématome : un saignement peut former une collection de sang, qui nécessite rarement une évacuation.
Thrombose (phlébite) et embolie : le risque de caillot dans le membre supérieur est très faible.
Syndrome douloureux régional complexe (SDRC, ou algodystrophie) : peu fréquent, il associe des douleurs disproportionnées, un œdème et des modifications de couleur et de température du membre. Sa prise en charge est médicale et rééducative.
Risques liés à l’anesthésie : ils vous seront expliqués en détail lors de la consultation pré-anesthésique.
Signes d’alerte. Consultez le service des urgences de l’Hôpital de Saint-Loup ou contactez le secrétariat d’orthopédie en cas de fièvre soudaine ou de frissons, d’écoulement purulent ou persistant d’une cicatrice, de rougeur ou de gonflement important et persistant, de douleur toujours importante après 10 jours malgré l’arrêt des exercices, ou après un traumatisme (chute, traction, coup) avec craquement audible.
4. Séjour à l’hôpital et suites postopératoires
Hospitalisation : l’intervention se fait le plus souvent en ambulatoire, avec un retour à domicile le jour même ; un séjour hospitalier de 2 nuits reste possible. Le choix se discute avec votre chirurgien. En ambulatoire, vous revenez impérativement le lendemain (J1) pour le premier changement de pansement et une séance de physiothérapie d’instruction.
Immobilisation : le bras est placé dans une attelle simple pendant 2 semaines, à porter 22 h/24, essentiellement pour le confort. Vous ne l’enlevez que pour l’hygiène, l’habillage et les exercices d’auto-rééducation. Contrairement aux interventions comportant une réparation tendineuse, il n’y a pas de mouvement interdit : la règle est de respecter la douleur.
Pansement et ablation des fils : un contrôle du pansement a lieu 1 semaine après l’intervention, puis les fils (non résorbables) sont retirés à 2 semaines, au Cabinet d’orthopédie Saint-Loup, auprès de l’assistante médicale.
Contrôles chez l’opérateur : des consultations de contrôle avec votre chirurgien sont prévues à 6 semaines et à 3 mois postopératoires.
Antalgie : une ordonnance d’antidouleurs et d’anti-inflammatoires vous est remise à la sortie. Le froid (poche de glace, 20 minutes, 2 à 3 fois par jour) est particulièrement efficace après ce type d’intervention.
5. Protocole de physiothérapie : la clé de votre réussite
La rééducation vise ici à récupérer rapidement la mobilité et à éviter l’enraidissement. Aucune structure réparée n’est à protéger, mais la douleur reste le guide.
Phase 1 – Récupération de la mobilité (J1 à 2 semaines) : exercices pendulaires, mobilisation passive de l’épaule, mobilisation libre du coude, du poignet et de la main dès le lendemain. Glaçage régulier.
Phase 2 – Mobilité active et contrôle de l’omoplate (2 à 4 semaines) : après le retrait de l’attelle, récupération progressive des amplitudes actives et travail de la stabilité de l’omoplate, avec votre physiothérapeute.
Phase 3 – Renforcement musculaire (à partir de 4 semaines) : renforcement progressif de la coiffe et des stabilisateurs de l’omoplate, d’abord contre la gravité puis avec charge.
Phase 4 – Récupération fonctionnelle (après 3 mois) : travail plus intense et gestes spécifiques à vos activités professionnelles et sportives.
La récupération est plus rapide qu’après une réparation tendineuse : l’essentiel du bénéfice est habituellement acquis entre 6 semaines et 3 mois. Après évacuation d’une calcification, une phase inflammatoire douloureuse de quelques semaines est fréquente avant l’amélioration.
6. Reprise des activités
Conduite automobile : reprise possible à partir de 4 semaines, soit 2 semaines après le retrait de l’attelle, après accord médical.
Travail de bureau / administratif : possible entre 1 et 3 semaines.
Travail physique (port de charges, bras en l’air) : envisagé entre 6 semaines et 3 mois, de manière progressive.
Port de charges : rien de plus lourd qu’une bouteille d’eau tant que vous portez l’attelle. Les charges sont ensuite réintroduites progressivement, jusqu’à 5 kg puis 10 kg, selon le calendrier de votre protocole de physiothérapie.
Activités sportives : la course à pied, le vélo (dos droit) et la marche nordique peuvent être repris à partir de 3 mois ; le vélo d’appartement est possible plus tôt, sans appui sur les bras. La natation en brasse est possible à partir de 3 mois, les sports de raquette ou de lancer à partir de 4 mois, bras sous l’horizontale jusqu’au 6e mois ; les gestes au-dessus de la tête viennent ensuite, selon la tolérance.
Arrêt de travail : un arrêt est délivré à la sortie et renouvelé par l’opérateur selon votre métier.
7. Questions fréquentes
Q : Vais-je avoir mal après l’opération ?
R : Le bloc anesthésique est très efficace les 12 à 24 premières heures. Ensuite, des antidouleurs vous seront prescrits : il est important de les prendre régulièrement au début, sans attendre que la douleur devienne intense. Le froid (poche de glace) est aussi un excellent antidouleur et anti-inflammatoire.
Q : Quand vais-je être soulagé ?
R : Plus vite qu’après une réparation de coiffe, mais rarement immédiatement. Les premières semaines restent douloureuses, notamment la nuit ; l’amélioration s’installe progressivement entre 6 semaines et 3 mois.
Q : Dois-je vraiment porter l’attelle ?
R : Elle sert au confort, pas à protéger une réparation. Vous pouvez l’enlever pour les exercices et la toilette, et vous en passer dès que la douleur le permet.
Q : Comment dois-je dormir ?
R : Beaucoup de patients trouvent plus confortable de dormir en position semi-assise, calés par des oreillers, durant les premières semaines.
Q : Comment m’habiller ?
R : Prévoyez des vêtements amples et faciles à enfiler. Enfilez toujours la manche du côté opéré en premier, et retirez-la en dernier.
Q : La calcification peut-elle revenir ?
R : Une récidive est possible mais peu fréquente. Une petite calcification résiduelle visible sur les radiographies de contrôle est en revanche banale et n’a le plus souvent aucune traduction douloureuse.
Q : Le tabac influence-t-il vraiment le résultat ?
R : Oui, de façon démontrée. Le tabac diminue l’apport sanguin aux tissus et altère la cicatrisation, ce qui augmente le risque d’infection et de douleurs persistantes. L’arrêt du tabac avant et après l’intervention est fortement recommandé.
Q : Les cicatrices seront-elles visibles ?
R : L’arthroscopie utilise de très petites incisions ; les cicatrices sont donc généralement minimes et très discrètes à terme.
Ce document constitue un complément au formulaire de consentement éclairé. Il ne remplace pas l’entretien avec votre chirurgien : l’ensemble des informations relatives à l’intervention, à ses bénéfices, à ses risques et à ses alternatives a été discuté avec la patiente ou le patient lors de la consultation, et la possibilité de poser toutes les questions souhaitées a été offerte. La liste des complications ne peut être exhaustive.
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