Butée coracoïdienne – Intervention de Latarjet arthroscopique
Technique arthroscopique de Lafosse, fixation par 2 vis
Information destinée aux patientes et aux patients
Chère patiente, cher patient,
Ce document décrit l’intervention de stabilisation de l’épaule par butée coracoïdienne (intervention de Latarjet) qui vous est proposée : son déroulement, ses alternatives, ses risques et les suites à prévoir. Il complète l’entretien que nous avons eu et vous servira de référence dans les mois qui viennent.
1. L’intervention chirurgicale
L’intervention de Latarjet traite l’instabilité antérieure de l’épaule, en particulier lorsqu’il existe une perte osseuse de la glène, une lésion de Hill-Sachs engageante, un échec d’une stabilisation précédente, ou chez les sportifs de contact à haut risque de récidive.
Technique opératoire : l’intervention est réalisée selon la technique arthroscopique originale de Lafosse, entièrement sous caméra. Une partie de l’apophyse coracoïde, avec le tendon conjoint qui s’y attache, est prélevée puis transférée sur le rebord antéro-inférieur de la glène, où elle est fixée par 2 vis. La stabilité obtenue est double : un effet osseux (la butée agrandit la surface de la glène) et un effet de « hamac » du tendon conjoint qui soutient l’épaule dans les positions à risque.
Procédures associées : l’arthroscopie permet de traiter dans le même temps d’éventuelles lésions du cartilage, par microfractures, c’est-à-dire de petites perforations dans l’os sous-jacent qui font venir les cellules de la moelle osseuse à la surface pour y former un tissu de réparation.
Alternatives et évolution sans intervention
La butée n’est pas la seule option. Un traitement non chirurgical (physiothérapie de renforcement et de proprioception, adaptation des activités à risque) reste envisageable si les épisodes d’instabilité sont rares et peu invalidants. Une réparation arthroscopique simple du bourrelet (intervention de Bankart) est possible lorsqu’il n’existe pas de perte osseuse significative ni de facteur de risque majeur de récidive ; c’est une intervention moins lourde, mais son taux de récidive est plus élevé dans les situations qui justifient une butée.
Sans stabilisation, les luxations ont tendance à se répéter et à user progressivement l’os de la glène, ce qui rend les reprises plus difficiles et favorise l’arthrose de l’épaule à long terme. L’objectif de la butée est d’obtenir une épaule durablement stable, avec un taux de récidive très bas.
Anesthésie
L’intervention est pratiquée sous anesthésie générale, combinée à une anesthésie locorégionale (bloc interscalénique) pour la gestion de la douleur après l’opération. Les modalités et les risques de l’anesthésie vous sont expliqués en détail lors de la consultation pré-anesthésique.
Durée de l’intervention
Il s’agit d’une intervention techniquement exigeante ; elle dure en moyenne entre 1h00 et 2h00.
2. Préparation préopératoire
Décolonisation cutanée (prévention de l’infection)
Bien que rare, l’infection profonde est une complication grave de la chirurgie de l’épaule. La bactérie le plus souvent en cause est Cutibacterium acnes, un germe naturellement présent dans les follicules pileux de la peau. Pour réduire ce risque, une décolonisation de la peau au gel de peroxyde de benzoyle est réalisée à domicile, à débuter 48 heures avant l’opération :
2 applications l’avant-veille de l’intervention (matin et soir) ;
2 applications la veille de l’intervention (matin et soir) ;
1 application le matin de l’intervention.
Le gel s’applique après la douche, sur une peau sèche, au niveau de l’épaule à opérer (du moignon de l’épaule jusqu’à la base du cou et l’aisselle, avec une large extension antérieure et postérieure). Massez la région, laissez agir 3 minutes, puis rincez. En cas d’irritation, de rougeur ou de sensation de brûlure, interrompez le produit : ces effets sont transitoires. Ne rasez pas l’aisselle la veille ou le jour de l’intervention, et retirez vernis à ongles, bijoux et piercings avant de venir.
Médicaments et documents
Arrêtez les médicaments selon les consignes de l’anesthésiste reçues lors de la consultation pré-anesthésique ;
Apportez vos médicaments personnels ainsi que vos examens d’imagerie le jour de l’hospitalisation.
3. Complications et risques potentiels
L’intervention de Latarjet est très efficace pour stabiliser l’épaule. Les complications sont peu fréquentes ; les chiffres ci-dessous proviennent de grandes séries de la technique arthroscopique à 2 vis.
Récidive d’instabilité : une nouvelle luxation est rare et survient chez environ 2 % des patients. Une appréhension résiduelle, sans luxation, est un peu plus fréquente.
Complication neurologique : des fourmillements ou une faiblesse transitoires sont rapportés chez environ 2 % des patients et régressent presque toujours en quelques semaines à quelques mois. Une atteinte nerveuse durable est exceptionnelle.
Infection postopératoire : le risque est d’environ 1 à 2 %, un peu plus élevé que pour les autres arthroscopies de l’épaule en raison du transfert osseux et du matériel implanté. Le protocole de décolonisation cutanée décrit ci-dessus, associé à une antibioprophylaxie intraveineuse au bloc opératoire, vise à le diminuer encore.
Fracture de la greffe coracoïdienne : environ 1 %.
Pseudarthrose (absence de consolidation de la greffe) : de l’ordre de 1 à 5 % selon les séries, le plus souvent sans symptôme ni conséquence sur le résultat ; une reprise est rarement nécessaire.
Gêne ou douleur liée au matériel : elle est due aux vis. Une gêne persistante peut conduire à retirer les vis une fois la greffe consolidée ; selon les séries, cela concerne jusqu’à environ 10 % des patients.
Perte de rotation externe : une légère limitation de la rotation externe (environ 10 à 15°) est habituelle.
Capsulite rétractile (« épaule gelée ») : réaction inflammatoire rendant l’épaule raide et douloureuse, survenant surtout entre 6 semaines et 3 mois. L’évolution est presque toujours favorable avec une physiothérapie adaptée, mais elle allonge la récupération.
Remodelage du greffon : le greffon ne reste jamais tel qu’il a été fixé. Comme tout os transplanté, il se remodèle selon les contraintes qu’il subit : la partie qui travaille, plaquée contre la glène, se densifie et fusionne avec elle, tandis que la partie superficielle, qui ne supporte aucune charge, se résorbe progressivement. Ce phénomène concerne tous les patients et se voit sur le scanner de contrôle : en moyenne, plus de 50 % du volume initial du greffon disparaît, presque exclusivement dans sa portion superficielle. Il n’a de conséquence ni sur la stabilité de l’épaule, ni sur la mobilité, ni sur la douleur, et ne nécessite aucun traitement.
Ostéolyse marquée : chez environ 1 patient sur 4, la résorption est plus prononcée et dénude la tête d’une vis sur les images ; là encore, sans conséquence démontrée sur le résultat. Plus rarement, elle peut rendre une vis saillante et douloureuse, et conduire à la retirer une fois la stabilité acquise. L’échec véritable du greffon reste rare : environ 5 % des patients sont réopérés dans les 15 ans qui suivent. La reprise consiste alors à refaire une butée, l’une des options étant un greffon prélevé sur la crête iliaque (intervention d’Eden-Hybinette).
Arthrose à long terme : une arthrose de l’épaule peut apparaître après plusieurs décennies. Elle est le plus souvent discrète : à 15 ans, elle est légère chez environ 1 patient sur 3 et marquée chez environ 1 patient sur 7. Elle est liée à l’instabilité elle-même bien plus qu’à l’intervention : dans les cohortes suivies 25 ans, les épaules opérées présentent autant d’arthrose que celles qui n’ont jamais reluxé, et moins que celles qui se sont stabilisées d’elles-mêmes. Le positionnement du greffon au ras de la glène est le principal facteur sur lequel la chirurgie peut agir.
Hématome : un saignement peut former une collection de sang, qui nécessite rarement une évacuation.
Thrombose (phlébite) et embolie : le risque de caillot dans le membre supérieur est très faible.
Syndrome douloureux régional complexe (SDRC, ou algodystrophie) : peu fréquent, il associe des douleurs disproportionnées, un œdème et des modifications de couleur et de température du membre. Sa prise en charge est médicale et rééducative.
Risques liés à l’anesthésie : ils vous seront expliqués en détail lors de la consultation pré-anesthésique.
Signes d’alerte. Consultez le service des urgences de l’Hôpital de Saint-Loup ou contactez le secrétariat d’orthopédie en cas de fièvre soudaine ou de frissons, d’écoulement purulent ou persistant d’une cicatrice, de rougeur ou de gonflement important et persistant, de douleur toujours importante après 10 jours malgré l’arrêt des exercices, ou après un traumatisme (chute, traction, coup) avec craquement audible.
4. Séjour à l’hôpital et suites postopératoires
Hospitalisation : le séjour est de 2 nuits. Vous entrez le jour de l’opération (J0) et sortez 2 jours après (J2).
Immobilisation : le bras est immobilisé dans une attelle simple ou une attelle avec coussin (rotation neutre et légère abduction), selon le geste réalisé, pendant 3 semaines, à porter 22 h/24, y compris la nuit, le temps de protéger la greffe. Vous ne l’enlevez que pour l’hygiène, l’habillage et les exercices d’auto-rééducation.
Pansement et ablation des fils : un contrôle du pansement a lieu 1 semaine après l’intervention, puis les fils (non résorbables) sont retirés à 2 semaines, au Cabinet d’orthopédie Saint-Loup, auprès de l’assistante médicale.
Contrôles chez l’opérateur : des consultations de contrôle avec votre chirurgien sont prévues à 6 semaines, 3 mois et 6 mois postopératoires.
Scanner (CT) de contrôle : un scanner (CT) est réalisé à 3 mois postopératoires pour vérifier la position et la consolidation de la greffe avant la reprise des activités à risque.
Antalgie : une ordonnance d’antidouleurs et d’anti-inflammatoires vous est remise à la sortie.
5. Protocole de physiothérapie : la clé de votre réussite
Phase 1 – Auto-rééducation à domicile (J1 à 3 semaines) : les exercices vous sont enseignés avant la sortie, puis vous les réalisez seul à domicile. Ils comprennent une mobilisation passive douce, sans contrainte sur la greffe, et une mobilisation libre du coude et de la main.
Phase 2 – Physiothérapie encadrée (3 à 6 semaines) : après le retrait de l’attelle, les séances de physiothérapie débutent, avec une récupération progressive des amplitudes, en respectant la règle de l’indolence.
Phase 3 – Renforcement musculaire (6 semaines à 3 mois) : renforcement progressif ; la consolidation de la greffe est vérifiée par le scanner de 3 mois.
Phase 4 – Rééducation spécifique au sport (à partir de 3–4 mois) : travail proprioceptif et gestes spécifiques avant le retour au sport.
6. Reprise des activités
Conduite automobile : reprise possible à partir de 5 semaines, soit 2 semaines après le retrait de l’attelle, après accord médical.
Travail de bureau / administratif : possible entre 2 et 4 semaines.
Travail physique (port de charges, bras en l’air) : envisagé entre 3 et 4 mois, après contrôle de la consolidation de la greffe.
Port de charges : rien de plus lourd qu’une bouteille d’eau tant que vous portez l’attelle. Les charges sont ensuite réintroduites progressivement, jusqu’à 5 kg puis 10 kg, selon le calendrier de votre protocole de physiothérapie.
Activités sportives : la marche est possible tôt. La course à pied, le vélo et la marche nordique peuvent être repris à partir de 6 semaines ; le vélo d’appartement est possible plus tôt, sans appui sur les bras. La natation en brasse est possible à partir de 6 semaines. Les sports de combat, de lancer et de raquette sont réintroduits progressivement à partir de 4 mois, après consolidation de la greffe confirmée par le scanner de 3 mois, les gestes de raquette d’abord sous l’horizontale.
Arrêt de travail : un arrêt est délivré à la sortie et renouvelé par l’opérateur selon votre métier.
7. Questions fréquentes
Q : Vais-je avoir mal après l’opération ?
R : Le bloc anesthésique est très efficace les 12 à 24 premières heures. Ensuite, des antidouleurs vous seront prescrits : il est important de les prendre régulièrement au début, sans attendre que la douleur devienne intense. Le froid (poche de glace) est aussi un excellent antidouleur et anti-inflammatoire.
Q : Pourquoi une butée plutôt qu’une simple réparation ?
R : Lorsqu’il existe une perte osseuse de la glène, ou d’autres facteurs de risque marqués (âge jeune, hyperlaxité, sport de contact, échec d’une stabilisation antérieure), la butée offre une stabilité bien plus robuste qu’une réparation des parties molles, avec un taux de récidive très bas (environ 2 %).
Q : Vais-je perdre de la mobilité ?
R : Une légère perte de rotation externe (environ 10 à 15°) est habituelle et généralement bien tolérée, sans gêne dans la vie quotidienne.
Q : Faudra-t-il retirer les vis ?
R : Pas systématiquement. Les vis ne sont retirées qu’en cas de gêne persistante, une fois la greffe consolidée.
Q : Comment dois-je dormir ?
R : Avec l’attelle, impérativement, pendant toute la durée prescrite. Beaucoup de patients trouvent plus confortable de dormir en position semi-assise (calés par des oreillers) durant les premières semaines.
Q : Comment m’habiller avec l’attelle ?
R : Prévoyez des vêtements amples et faciles à enfiler. Enfilez toujours la manche du côté opéré en premier, et retirez-la en dernier.
Q : Le tabac influence-t-il vraiment le résultat ?
R : Oui, de façon démontrée. Le tabac diminue l’apport sanguin aux tissus et altère la cicatrisation ; il augmente notamment le risque que la greffe ne consolide pas, ainsi que le risque d’infection. L’arrêt du tabac avant et après l’intervention est fortement recommandé.
Q : Les cicatrices seront-elles visibles ?
R : L’arthroscopie utilise de très petites incisions ; les cicatrices sont donc généralement minimes et très discrètes à terme.
Ce document constitue un complément au formulaire de consentement éclairé. Il ne remplace pas l’entretien avec votre chirurgien : l’ensemble des informations relatives à l’intervention, à ses bénéfices, à ses risques et à ses alternatives a été discuté avec la patiente ou le patient lors de la consultation, et la possibilité de poser toutes les questions souhaitées a été offerte. La liste des complications ne peut être exhaustive.
Besoin d'une ordonnance de physiothérapie ou d'un certificat d'arrêt de travail ?