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Prothèse totale de l’épaule

Prothèse anatomique et prothèse inversée

Information destinée aux patientes et aux patients

Chère patiente, cher patient,

Ce document décrit l’intervention envisagée pour la pose d’une prothèse totale de l’épaule : son déroulement, ses alternatives, ses risques et les suites à prévoir. Il complète l’entretien que nous avons eu et vous servira de référence dans les mois qui viennent.

1. L’intervention chirurgicale

L’intervention consiste à remplacer votre articulation gléno-humérale (l’articulation principale de l’épaule) endommagée. L’objectif principal est de soulager la douleur et de restaurer une fonction utile de l’épaule. Contrairement aux interventions arthroscopiques, la pose d’une prothèse se fait à ciel ouvert, par une incision verticale en avant de l’épaule (voie delto-pectorale). Selon l’état de votre articulation et surtout de vos tendons de la coiffe des rotateurs, deux types de prothèse peuvent être utilisés.

Planification 3D, guides sur mesure et navigation

Toute prothèse d’épaule posée en chirurgie programmée est préparée à partir d’un scanner (CT) de votre épaule, qui sert à construire un modèle en trois dimensions de votre anatomie. Sur ce modèle, la taille, l’orientation et la position de chaque composant sont définies avant l’intervention, à l’aide d’un logiciel de planification dédié.

Ce plan est ensuite reporté au bloc opératoire de deux manières, selon l’implant retenu : par des guides à usage unique, imprimés en 3D d’après votre anatomie (guides PSI), qui se positionnent sur l’os et matérialisent l’orientation prévue ; ou par un système de navigation en réalité augmentée, qui suit les instruments en temps réel et affiche leur position par rapport au plan pendant la préparation de l’os et la pose de l’implant.

Ces outils servent à reproduire fidèlement le plan établi : ils améliorent la précision du positionnement des composants par rapport aux instruments conventionnels. Ils ne suppriment pas les risques de l’intervention.

Alternatives et évolution sans intervention

La prothèse n’est proposée qu’après échec du traitement non chirurgical : antalgiques, anti-inflammatoires, physiothérapie, infiltrations, adaptation des activités. Ces mesures peuvent soulager durablement et il n’y a pas d’urgence à opérer : l’intervention se décide sur votre gêne quotidienne, pas sur l’aspect des radiographies.

Sans intervention, l’arthrose de l’épaule évolue lentement mais ne régresse pas : les douleurs, notamment nocturnes, et la perte de mobilité s’aggravent progressivement. Une usure osseuse importante de la glène peut à terme rendre la pose d’une prothèse plus difficile. L’objectif de l’intervention est avant tout de supprimer la douleur ; le gain de mobilité est réel mais plus variable, et dépend notamment de l’état des tendons de la coiffe.

Anesthésie

L’intervention est pratiquée sous anesthésie générale, combinée à une anesthésie locorégionale (bloc interscalénique) pour la gestion de la douleur après l’opération. Les modalités et les risques de l’anesthésie vous sont expliqués en détail lors de la consultation pré-anesthésique.

Durée de l’intervention

L’opération dure en moyenne entre 1h30 et 2h00. Cette durée peut être plus longue en cas de chirurgie complexe ou de révision (remplacement d’une prothèse existante).

2. Préparation préopératoire

Scanner de planification

Un scanner (CT) de votre épaule est réalisé avant l’intervention. Il ne sert pas seulement au diagnostic : c’est à partir de ses images qu’est construit le modèle en trois dimensions utilisé pour planifier la prothèse, tailler le greffon osseux et fabriquer les guides sur mesure. Il doit donc être disponible suffisamment tôt avant la date opératoire pour laisser le temps à cette préparation.

Décolonisation cutanée (prévention de l’infection)

Bien que rare, l’infection profonde est une complication grave de la chirurgie de l’épaule. La bactérie le plus souvent en cause est Cutibacterium acnes, un germe naturellement présent dans les follicules pileux de la peau. Pour réduire ce risque, une décolonisation de la peau au gel de peroxyde de benzoyle est réalisée à domicile, à débuter 48 heures avant l’opération :

Le gel s’applique après la douche, sur une peau sèche, au niveau de l’épaule à opérer (du moignon de l’épaule jusqu’à la base du cou et l’aisselle, avec une large extension antérieure et postérieure). Massez la région, laissez agir 3 minutes, puis rincez. En cas d’irritation, de rougeur ou de sensation de brûlure, interrompez le produit : ces effets sont transitoires. Ne rasez pas l’aisselle la veille ou le jour de l’intervention, et retirez vernis à ongles, bijoux et piercings avant de venir.

Médicaments et documents

3. Complications et risques potentiels

La pose d’une prothèse d’épaule est une intervention fiable, mais aucune chirurgie n’est sans risque. Le taux global de complications reste faible ; vous devez néanmoins les connaître.

Signes d’alerte. Consultez le service des urgences de l’Hôpital de Saint-Loup ou contactez le secrétariat d’orthopédie en cas de fièvre soudaine ou de frissons, d’écoulement purulent ou persistant d’une cicatrice, de rougeur ou de gonflement important et persistant, de douleur toujours importante après 10 jours malgré l’arrêt des exercices, ou après un traumatisme (chute, traction, coup) avec craquement audible.

4. Séjour à l’hôpital et suites postopératoires

5. Protocole de physiothérapie : la clé de votre réussite

La rééducation débute dès le lendemain de l’opération (J1) avec un physiothérapeute à l’hôpital. Le respect des différentes phases conditionne le résultat.

Une amélioration satisfaisante des amplitudes et une nette diminution des douleurs sont généralement observées autour de 3 mois. La stabilisation complète et le résultat final sont évalués vers 12 mois, avec une radiographie de contrôle.

6. Reprise des activités

L’objectif de cette chirurgie est de diminuer les douleurs et d’améliorer la qualité de vie. La priorité est de préserver la longévité de votre prothèse.

7. Questions fréquentes

Q : Vais-je avoir mal après l’opération ?

R : Le bloc anesthésique est très efficace les 12 à 24 premières heures. Ensuite, des antidouleurs vous seront prescrits : il est important de les prendre régulièrement au début, sans attendre que la douleur devienne intense. Le froid (poche de glace) est aussi un excellent antidouleur et anti-inflammatoire.

Q : Combien de temps dure la récupération complète ?

R : On observe une bonne amélioration fonctionnelle après 3 mois. Le résultat final en force et en mobilité peut demander jusqu’à 12 mois.

Q : Quelle est la durée de vie d’une prothèse ?

R : La grande majorité des prothèses fonctionnent bien au-delà de 10 ans : selon les registres nationaux, 92 à 94 % sont toujours en place à cette échéance. Éviter les contraintes excessives contribue à prolonger cette durée.

Q : En quoi la prothèse est-elle fabriquée ?

R : Trois matériaux, tous utilisés de longue date en chirurgie orthopédique. La tige placée dans l’humérus et la pièce qui la coiffe sont en alliage de titane, de même que l’embase fixée sur l’omoplate et ses vis. Leur surface reçoit un traitement qui varie selon le type de prothèse (revêtement d’hydroxyapatite, un minéral proche de celui de l’os, ou revêtement poreux), afin que votre propre os y adhère et les verrouille durablement. La sphère sur laquelle l’articulation pivote est en alliage chrome-cobalt, un métal très dur et poli. Entre les deux, la cupule qui sert de surface de glissement est en polyéthylène hautement réticulé, un plastique de qualité médicale traité pour résister à l’usure.

Les alliages chrome-cobalt contiennent des traces de nickel. Signalez impérativement toute allergie avant l’intervention, en particulier une allergie aux métaux : il existe des implants dotés d’un revêtement spécifique, qui réduit fortement la libération d’ions métalliques et peut être utilisé en cas d’hypersensibilité avérée.

Q : Comment dois-je dormir ?

R : Avec l’attelle, impérativement, pendant toute la durée prescrite. Beaucoup de patients trouvent plus confortable de dormir en position semi-assise (calés par des oreillers) durant les premières semaines.

Q : Comment m’habiller avec l’attelle ?

R : Prévoyez des vêtements amples et faciles à enfiler. Enfilez toujours la manche du côté opéré en premier, et retirez-la en dernier.

Q : Aurai-je besoin d’aide à la maison ?

R : Oui, surtout la première semaine. Des gestes simples comme couper sa nourriture ou s’habiller seront difficiles. Prévoyez si possible une aide pour les premiers jours.

Q : Le tabac influence-t-il vraiment le résultat ?

R : Oui, de façon démontrée. Le tabac diminue l’apport sanguin aux tissus et altère la cicatrisation, ce qui augmente le risque d’infection et de complication. L’arrêt du tabac avant et après l’intervention est fortement recommandé.

Q : Aurai-je une cicatrice ?

R : Oui. Contrairement aux interventions réalisées sous arthroscopie, la pose d’une prothèse nécessite une incision d’une dizaine de centimètres, verticale, en avant de l’épaule. La cicatrice s’estompe progressivement au fil des mois.

Ce document constitue un complément au formulaire de consentement éclairé. Il ne remplace pas l’entretien avec votre chirurgien : l’ensemble des informations relatives à l’intervention, à ses bénéfices, à ses risques et à ses alternatives a été discuté avec la patiente ou le patient lors de la consultation, et la possibilité de poser toutes les questions souhaitées a été offerte. La liste des complications ne peut être exhaustive.

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